Le Daitokuji
Comme prévu, nous louons à nouveau des vélos à Demachiyanagi pour nous promener dans l'ouest. Il y a la queue au magasin de location, les japonais se promènent aujourd'hui. Nous commençons par le complexe de temples du Daitokuji. Le joyau du complexe, le Dansenin, est en réfection (décidément !) et son jardin sec est agrémenté de poteaux metalliques plutôt disgracieux. La magie s'en échappe un peu, mais en prenant suffisamment son temps, on arrive à en faire abstraction et à apprécier cette représentation symbolique du voyage de la vie. Nous profitons d'un groupe de japonais suivant un guide - les occidentaux n'ont comme guide qu'un livret remis à l'entrée - pour rentrer dans les pièces fermées du pavillon, et je tente de comprendre les explications en japonais sur les rouleaux calligraphiés accrochés là. Ils sont l'oeuvre de l'abbé actuel du temple, qui joue sur la taille et la forme des caractères pour accentuer le message : un des rouleaux signifie que le bouddhiste doit savoir se faire tout petit face aux autres, et le caractère "soi" est dessiné minuscule par rapport au caractère "autres". De l'utilité d'avoir une écriture idéographique...
Le complexe est rempli de japonais de tous âges endimanchés allant et venant d'un pavillon à l'autre, sans doute un peu de la même façon que nous lors de la toussaint ou pour un enterrement. En fait, certains temples font aujourd'hui une opération "portes ouvertes" alors qu'ils sont fermés d'habitude. Une japonaise nous offre des entrées gratuites pour le Hosoin, un temple célèbre pour ses érables en automne.
Lui est fidèle à sa réputation : un chemin d'entrée bordé d'une forêt de bambous et d'érables nous prépare à l'entrée dans le temple, lui-même entouré d'un jardin planté d'érables commençant à rougir et nous offrant un beau camaïeu de vert, jaune et rouge. Le jardin est en deux parties : une faisant face à la plus grande longueur du pavillon figure un paysage sur fond de forêt de bambous, et une autre sous forme d'un labyrinthe végétal masquant une fontaine d'eau pure pour le pavillon de thé attenant. Le chemin menant à celui-ci sous les arcades du temple nous permet d'admirer des kakemonos assez anciens de moines et moniales. Ce temple vaut bien le détour, en particulier dans sa parure automnale ! Nous ne trouvons pas le deuxième temple pour lequel nous avions un ticket gratuit, tant pis !
Le Ryoanji
Nous partons pour le Ryoanji, le temple zen fameux pour son jardin sec aux quinze pierres. Sur le chemin, à 12h30, nous passons devant une gargotte à ramen prometteuse, mais nous décidons de repousser les agapes à après la visite du temple. Le monde s'agglutine à l'arrivée, la foule est dense, mais le jardin paysager servant de prélude au jardin méditatif est très aéré ce qui permet d'espacer les arrivées de visiteur pour ce dernier. Les points de vue y sont nombreux, et permettent de se faire une idée sous de multiples angles de vue. Il est bien vrai qu'on ne peut pas toutes les voir d'une seule position, au mieux n'en manque t'il qu'une. Après vingt minutes de méditation sur le sens de ces pierres et des murs en argile huilé les entourant, j'ai une illumination sur le sens de ces pierres : j'y vois plusieurs étapes de la vie sur la mer du temps que représente le sable ratissé. Les pierres sont plus ou moins à flot et plus ou moins nombreuses en fonction des périodes de la vie. Il est alors temps de partir.
Un dimanche japonais
Bien qu'il soit 14h30, le restaurant de ramen est toujours ouvert (ouf !) : 980 yens soit 6 euros et quelques pour un bol de ramen au porc, six petites gyozas un peu secs (raviolis pekinois à la japonaise) et un bol de riz frit, beau rapport qualité / quantité / prix ! Nous repartons vers les arcades commerçantes, en passant par les berges de la rivière aux canards. Les familles et les groupes de copains sont de sortie : joueurs de saxo ou de trombone déclamant leurs odes aux canards et aux hérons, pécheurs, parents jouant au baseball avec les enfants, concerts en plein air, le tout n'est troublé que par des nuées de moucherons.
Les arcades sont pleines de monde, comme prévu. Nous ne cherchons rien de particulier, sinon de continuer à sentir l'atmosphère de ce dimanche de congés japonais, et une valise supplémentaire pour trimballer nos trop nombreux souvenirs et cadeaux, mais Séverine trouve tout de même du CKOne à prix fracassé (2680 yens les 100ml) pour lequel je donne mes derniers yens. Finalement, dans shijodori, nous trouvons une banque acceptant les cartes étrangères, et je retire 40000 yens. Nous allons chiner au Daimaru, sorte de Galeries Lafayette japonaises. Tout est hors de prix, excepté la nourriture. Nous nous ravitaillons chez Paul Bocuse : chausson aux pommes (enfin, pâte feuilletée remplie d'une mixture aromatisée à la pomme, Paul Bocuse, que nous as tu fait là ???), craquant aux amandes réussi, lui, beignet bon et léger, roulé à la pâte feuilletée et à la ganache chocolat acceptable. La baguette "tradition" est à 400 yens (2.5 euros), qui se plaint du prix du pain en France ? Nous mangeons notre butin sur le toit du magasin, orné de deux carrés de pelouse et des canalisations de la climatisation...
Nous passons dans Nishiki, le vieux marché d'alimentation de Kyoto : des huitres, beaucoup de poissons et de tsukemono, et plein d'autres choses impossibles à identifier. A l'arrivée au magasin de vélo, je reconnais à côté le café où il y a dix ans nous buvions régulièrement du café au percolateur en écoutant du jazz. Ca me fait bizarre de me retrouver là dix ans après, rien n'a changé et tout a changé. En revenant à notre maison, nous trouvons le restaurant de yakitori indiqué dans le livre d'or, juste après la station Esso sur la shirakawa.
Ce dimanche japonais ressemble bien à un dimanche de France : des petits vieux dans les temples, des familles dans les jardins, les magasins ou au bord de la rivière, faisant du sport, passant du temps ensemble. Cela semble couler de source et sans conséquences, mais avec tout ce qu'on peut s'imaginer sur la vie inhumaine que les japonais mènent entre travail, sortie avec les collègues, séparation homme / femme, enfants élevés sans les pères, ce simple dimanche est un rappel que les japonais font bien partie de l'humanité, et qu'ils aiment comme nous les petits plaisirs simples de la vie.
Toujours douter des généralisations.