En route pour Metropolis !
En partant pour Osaka, nous constatons que le bus 100 est plus rapide et moins cher que le bus 5 pour aller à la gare. Le train de banlieue que nous prenons nous fait traverser des océans de béton, de rivières aux berges et au lit bétonnés, d'autoroutes suspendues, de maisons préfabriquées, pour arriver après avoir pris le métro au quartier de l'aquarium d'Osaka. Cette partie récente d'Osaka, donnant sur la baie, a été en partie gagnée sur la mer, comme l'aéroport. Un choc : les lignes téléphoniques sont enterrées, elles ne traversent pas les rues comme des toiles d'araignée géantes. Le reste donne une impression d'urbanisme à la disneyland, tout un peu trop neuf et un peu trop parfait, mais on ne peut pas se plaindre à la fois de la laideur des immeubles japonais et se plaindre quand ils font des efforts d'urbanisme !
L'aquarium
Pour ce qui est de la laideur, ceci étant dit, l'aquarium rattrape largement le reste : un cube aux couleurs criardes dont on ose à peine se demander à quoi ressemblaient les projets refusés... Mais le spectacle à l'intérieur est grandiose pour qui aime les aquariums (Séverine lève le doigt !). La foule est dense, surtout au début de la visite, tout s'éclaircit à l'arrivée au grand bassin des requins au centre du bâtiment. L'idée maitresse du lieu est de rassembler les écosystèmes de la ceinture de feu constituant le pourtour de l'océan Pacifique. Nous retrouvons donc dans les hauteurs des paresseux, des sortes de flamand rose, des troupeaux de petits crabes, des loutres, des otaries, des lions de mer, plus bas des dauphins et des tortues, des requins de toutes sortes (dont un requin baleine, un requin tigre et un requin marteau), puis des poissons de toutes les tailles et de toutes les couleurs, des méduses multicolores, des poissons clown et du corail, sans oublier les crabes géants. Nous assistons au repas des pingouins, de la main d'un plongeur. Le parcours permet également de voir les animaux amphibies d'abord hors de l'eau puis en plein plongeon et en pleine nage.
Séverine use toute la carte mémoire de la caméra, et une bonne partie de l'appareil photo dessus. Le magasin à la sortie, pris d'assaut par les familles en promenade, est une ode à l'inventivité japonaise dans le kawaii : peluche requin, porte-clés, sacs, tous les classiques sont déclinés, même Kitty-chan, à cheval sur une raie... Tiens, quelques évocations écologiques lors de la visite, mais motus sur la chasse à la baleine.
Nous nous promenons dans le centre commercial attenant, où nous assistons à un concours de danse de groupes d'enfants de 4 à 6 ans. Les chorégraphies sont assez bien exécutées, les costumes, les coiffures et les allures de star des enfants également. Le Hâgen Dasz de saison japonais n'a rien de rare. Un magasin ghibli nous permet de trouver un nekobus en peluche bourré de totoros à ramener. Séverine s'achète un pull échancré à losanges, apparemment très à la mode au Japon en ce moment, et un baise-en-ville de goût discutable (en tout cas par moi !). Lors de l'essayage, on lui demande de mettre une sorte de bonnet de douche pour ne pas abîmer les vêtements, ainsi que les habituels chaussons spéciaux (les japonais ont des chaussons spéciaux pour de nombreuses pièces, en particulier les toilettes !).
Nanba
Il est déjà presque 16h00, nous ne passerons pas au parc du château d'Osaka. Pas que ce soit le plus beau parc du Japon, mais cela nous aurait fait un peu de verdure dans tout ce béton... Nous partons donc pour Nanba, le quartier commerçant et chaud d'Osaka. Tout n'y est que bruit et fureur : salles de pachinko ultra bruyantes, crieurs dans les rues rabattant les passants dans leur bar, enseignes au néon dans tous les coins, foule délirante, tout y est. Nous trouvons de belles céramiques et de belles baguettes pas chères dans les arcades commerçantes, puis nous nous dirigeons vers le fameux restaurant au crabe mécanique. Nous croyons le trouver deux fois, mais ce ne sont que des succursales. Devant certains comptoirs de ce que nous croyons être des boui-boui, s'allongent de très calmes files d'attente. Nous décidons de manger du crabe ; malheureusement, le menu que nous voulions est pour le midi, nous nous rabattons donc sur un seul menu que nous prenons pour deux, qui s'avère être bien suffisant. Crabe sous toutes les formes : bouilli, gratiné, chawanmushi (consommé japonais qui tient plus du flan léger), sashimi (le meilleur, étonnament !), tempura, maki, et pour finir une glace vanille arrosée de thé vert brûlant et quelques petits amuse-gueule. Un peu cher pour ce que c'est, mais très bon.
La recherche de la station JR Nanba se termine dans une gigantesque galerie souterraine bourrée de magasin, où Séverine essaie ses enièmes toilettes japonaises, très high-tech celles-ci. Nous croisons un homme hagard, plus ou moins ensanglanté, suivi bizaremment à distance respectueuse par des policiers, comme si ils cherchaient à vérifier que rien de fâcheux n'arrive, sans vouloir prévenir brutalement. Le train de retour est un omnibus, et le bus est très long à venir. Il est du coup très rempli, y compris jusqu'à notre arrêt, ce qui n'est pas le cas d'habitude. Il est 22h00, un samedi soir, ceci explique peut-être cela.
Après lecture de Kerr, certains bâtiments sautent aux yeux, comme cette pyramide couvrant une sortie de train dont on se demande bien à quoi elle peut servir, ou des structures immenses mais vides d'occupants comme un demi-cube coupé suivant une diagonale et muni d'une boule, qui n'a pas l'air habitée. Nous commençons sérieusement à croire à la théorie de la construction pour la construction, de l'architecture comme art à part entière, qui n'a rien à voir avec le but du bâtiment ou ce qui l'entoure.