Le palais impérial
Séverine se lève tard, elle est très fatiguée. Du coup, et finalement, c'est une bonne chose, nous sommes obligés de prendre le bus pour arriver à l'heure au Palais Impérial. Le conducteur de bus, devinant étonnement que nous sommes des touristes, nous vend un ticket de bus pour la journée, 500 yens, mais un seul pour deux, ce qui nous étonne un peu. Nous arrivons à l'heure pour la visite de 10 heures, non sans avoir montré patte blanche au bureau impérial. Typique bureau japonais où, paradoxalement, tout le monde a l'air très occupé tout en étant parfaitement disponible. La visite se fait au pas de charge, menée tambour battant par une japonaise bon teint, la trentaine finissante, toute en dentelle blanche, s'exprimant dans un anglais impeccable. Séverine est souvent la dernière à quitter chaque étape, pour obtenir les meilleures photos sans touriste ; nous sommes bien une bonne cinquantaine de toutes nationalités à suivre la guide. Nous visitons uniquement les bâtiments de l'extérieur, mais pouvons voir assez bien à l'intérieur, et nous apprenons de nombreuses particularités architecturales.
La porte des serviteurs, par laquelle nous entrons, n'est pas décorée. La porte des nobles comporte, elle, de nombreuses dorures et est de style muromachi.
Les trois salles d'attente des nobles, en fonction du rang, sont décorées de magnifiques panneaux peints, des cerisiers, des grues et des tigres.
Le contour de la salle principale est fait de piliers orange vermillon, afin de repousser les esprits malins. Typiquement japonais, le rouge chinois est ici adouci pour obtenir une couleur repoussoir plus japonaise. Cette salle, flanquée d'un magnifique cerisier et d'un prunier, est d'un style plus ancien : les portes intérieures en bois se replient au lieu de coulisser comme les shoji. Nous avons derrière nous la porte de l'Empereur, qu'il est le seul à emprunter avec les chefs d'Etat.
La cour suivante montre une coupe de charpente, où l'on s'aperçoit que les charpentes classiques, faites pour durer trente ans, sont constituées d'une accumulation de plaques de cyprès très fines, attachées entre elles par des clous de bambou. Un pavillon assez quelconque, construit pour l'Empereur Showa, couvert de cuivre, est planté dans un coin. Nous atteignons alors le premier jardin, représentant un paysage typique japonais : une plage de galets, une mare représentant la mer, et des arbres représentant les montagnes.
Nous voyons également les anciens appartements de l'Empereur, avec son lit, son trône, un siège de travail et son emploi du temps, très chargé : plus de trois cents entrées ! Le second jardin est plus intimiste, parcouru par un petit cour d'eau où les nobles jouaient à faire des courses entre des petites barques. Chacune des barques supportait une coupe de saké, et le vainqueur devait déclamer un poème après avoir ingurgité le breuvage. Des peintures sur panneaux de bois rappellent ces fêtes. On voit aussi un terrain de jeu de jonglage de balle. Nous finissons la visite par une place où se regroupaient les serviteurs (décidément), bordée de pins. Ces pins (pin = matsu en japonais, qui signifie également attendre) sont taillés en boule afin de ne pas trop s'élever et ainsi semble attendre les esprits venant d'en haut plutôt que de s'élever vers eux. La visite est peu libre, c'est le moins qu'on puisse dire, mais très intéressante par ses détails, par exemple le fait que les poutres sont toutes terminées de blanc car anciennement elles étaient recouvertes de la poudre d'un coquillage blanc afin de les protéger contre les termites, ou le fait qu'aucun système de chauffage n'était utilisé car le palais, entièrement parcouru de corridors couverts et construit en bois, brûlait très régulièrement. L'Empereur n'y vient plus jamais, il vit ailleurs à Kyoto quand il s'y déplace. Le parc alentour est joli, sans plus, mais a la particularité, pour le Japon, d'être très espacé.
Château Nijo et pavillon d'or
Nous reprenons le bus pour le Nijo-jo, non sans avoir cherché sans succès un magasin pour acheter un transformateur indiqué dans le guide.
Le Nijo-jo est d'architecture plus martiale, logique pour le château des shogun Tokugawa.
Le parquet rossignol (parquet spécialement construit pour "chanter" à chaque pas) est vraiment étonnant, et les différentes pièces avec leurs panneaux laissent une impression de calme luxueux. Quelques poupées grandeur nature figurent l'utilisation des pièces. Les jardins sont jolis, sans plus, et brillent surtout par leur parfaite intégration avec l'intérieur du bâtiment.
Nous reprenons à nouveau le bus pour le Kinkaku-ji, le fameux pavillon d'or.
Beaucoup d'occidentaux nous entourent. En attendant à l'entrée, des écoliers croient nous impressionner de leur "hello". Je leur réponds, en japonais, que je suis français, et qu'on dit "bonjour". Eclat de rire général ! Le pavillon semble avoir été restauré, le toit en particulier. Il luit dans le ciel dégagé de cette fin de journée automnale. L'or le couvrant pourrait presque passer pour du laiton, voire du plastique, tant il est immaculé, mais les photos lui rendent hommage. Le jardin lui servant d'écrin est toujours aussi magnifique, mais on ne peut pas faire tout le tour du pavillon, ce qui est bien dommage. La vue du haut du jardin sur le pavillon avec le soleil couchant en fond est particulièrement enchanteresse.
De retour dans le centre, je me fais alpaguer par le chauffeur du bus qui se plaint que nous n'ayons qu'un pass journalier pour deux. Au bout de cinq trajets ! Je dois m'acquitter de 220 yens... Nous trouvons finalement le transformateur, pour 5000 yens, l'adresse dans le guide était fausse ! Après de longs atermoiements, nous décidons de dîner dans un restaurant italien branchouille bourré de jeunes japonais chicos partageant le même petit plat de pâtes. Nous prenons une pizza chacun et une bouteille de vin rouge italien, comme deux français qui se respectent ! Les serveurs font la hola à chaque nouveau client, ce qui arrive souvent car ça tourne pas mal vu les petites quantités ingurgitées.
Le retour le long de la
kamogawa, la
rivière aux canards, est bien long, et mes histoires de yakuza abducteurs d'occidentaux ne font pas passer le trajet !
Dans la journée, nous rencontrons de nouvelles expressions du savoir-vivre japonais : personne ne nous dévisage au restaurant, et quand j'aide en japonais deux petites vielles perdues dans les horaires de bus, elles sursautent en me regardant, elles n'avaient pas remarqué que j'étais français ! Egalement, l'art de l'empaquetage du o-miyage, le cadeau de voyage, presque plus beau que le cadeau lui-même ; quelle dextérité chez ce petit vieux d'au moins soixante-dix ans tenant un petit magasin dans une des arcades commerçantes du centre ! La petite Séverine est bien fatiguée et part se coucher à 21h00 pendant que je noircis mon calepin !