Le Mont Koya
Grand mère vient nous chercher pour le petit-déjeuner à 7h10, toujours en avance ! Le petit-déjeuner est rapidement expédié, nous faisons nos au revoir à grand-mère qui nous donne une facture avec un
purikura d'elle (ces petits photo-montages que font les japonaises avec leurs copines, j'te jure !) et Monsieur nous ramène en minibus au ferry. Les personnes âgées nous semblent bien plus ouvertes que les personnes de notre âge au Japon, c'est assez étonnant mais les occidentaux ont tous la même impression, ça doit donc être vrai... Nous quittons Miyajima et le ryokan
Momijiso à regret, cette étape vaut bien qu'on s'y attarde deux jours comme nous l'avons fait. Nous conseillons vraiment ce ryokan et sa fantastique hôtesse.
Le trajet est plus long, surtout que nous perdons trente minutes à Miyajimaguchi à cause d'un troupeau d'écoliers japonais qui bloque l'entrée de la gare. La route en train est spectaculaire : plus de 1000m de dénivellé depuis Osaka, on sent le train pencher et on l'entend grincer sur toute la longueur. Le téléphérique est fin de ligne est construit exprès pour, en escalier. Le Mont Koya lui-même vaut plus par son ambiance nocturne ou l'ambiance de l'intérieur des temples que par l'architecture. L'analogie avec le Mont Saint Michel est exacte pour le calme retrouvé au départ des touristes de la journée, mais d'un point de vue architectural, ça n'a rien à voir. Seule une pagode attire réellement l'attention.
Par contre, le chemin parsemé de tombes de grands de l'Histoire japonaise en pleine nuit est réellement magique ; on s'attend à chaque instant à basculer dans le monde de Chihiro ou à croiser le fantôme d'un grand samurai du passé. Le repas végétarien est comme prévu assez bizarre : le tofu congelé qui le rend spongieux et épais n'est vraiment pas terrible, et certains agrégats à l'agar-agar ont des textures et des goûts discutables. Mais pour une nuit d'expérimentation, ça vaut le coup !
Le bain est un bain public, séparé entre les hommes et les femmes tout de même. A mon arrivée, un homme sort du bain, j'y serai seul. J'entends cancanner du côté des femmes, Séverine n'y ira finalement pas du tout, quelle chochotte j'te jure ! La chambre est munie d'un kotatsu sur une petite terrasse fermée, table basse recouverte d'une couverture épaisse et cachant une resistance pour se chauffer les jambes.
Kôbô Daishi
Je parcours le guide décrivant l'histoire du créateur du Mont Koya, Kôbô Daishi. Né en 774, jeune japonais lettré, il part à Kyoto à 18 ans pour parfaire ses études en classiques chinois. A 20 ans, il devient prêtre et commence à impressionner les nobles de la cour par sa motivation et ses qualités humaines. A 31 ans, il part en Chine avec une ambassade japonaise pour s'éduquer à la source même. Séduisant ses maîtres chinois, il est nommé successeur de Keika-Ajari, le grand maître du bouddhisme ésotérique chinois, qu'il s'évertue à son retour du Japon à développer dans l'archipel. Il y parvient en étant à la fois le fondateur du complexe du Mont Koya, ensemble de temples bouddhistes le plus important du Japon dévoué à la pratique du bouddhisme ésotérique qui fera des grands féodaux japonais ses plus grands adeptes, et en étant l'abbé des plus grands temples bouddhistes de la capitale Kyoto. Il meurt en 835, au mont Koya, dans son pavillon favori, et son culte perdure jusqu'à aujourd'hui, à tel point que tous les grands féodaux de la Sengoku, la guerre civile japonaise, virent comme un honneur d'être enterrés au Mont Koya. La clan Tokugawa, les shogun de l'époque Edo, y ont tous leur sépulture et un temple leur y est dédié.