La villa Shugakuin


Il pleut très fort sur Kyoto. La ville est-elle triste de notre départ imminent ? Nous prenons pour la enième fois le bus, direction le palais impérial pour obtenir un permis pour la villa Shugakuin. La femme nous servant parle un français impeccable. Nous repassons au bureau de poste près de la maison pour envoyer nos cartes postales ; l'employé de poste cherche désespérément les adresses d'expédition, puis laisse tomber : ils ne comprennent décidément rien ces occidentaux, "しかたがない" ! (que peut-on y faire ?). Nous reprenons le bus (vive le pass à la journée !), puis vingt minutes de marche humide vers la montagne et nous arrivons à la villa. Les autres visiteurs arrivent en taxi, tellement plus chic ! Nous poireautons devant la porte malgré l'averse qui s'intensifie ; avant l'heure, c'est pas l'heure ! Avant le début de la visite, on nous montre un petit film comme au palais impérial. La visite est en japonais, mais heureusement nous avons un audioguide.

Entrée de la villa Shugakuin

La pluie redouble, mais la villa, composée d'une partie basse, une partie moyenne et une partie haute, s'avère être un pur enchantement. Les jardins sont sans doute moins étudiés que d'autres à Kyoto, mais le décor grandiose à flanc de montagne, couverte d'érables commençant à rougir et de nuages de brume, les cascades d'eau vive se déversant dans les étangs, la vue sur les lointaines montagnes de l'ouest constituent un paysage spectaculaire. Les pavillons sont de styles variés, certains importés ici d'autre lieux de la ville, pratique courante au Japon, comme les deux anciens temples de la villa moyenne importés au XIXème siècle. La villa basse est décorée d'un jardin intimiste ressemblant à la partie basse du pavillon d'argent ; la villa moyenne est surtout intéressante par son architecture et les intérieurs, en particulier une série d'étagères constituant une oeuvre d'art à part entière, et la villa haute est un pavillon de méditation surplombant un étang et une île adossés à la montagne, le tout appuyé sur des rizières pour éviter l'érosion. Les chemins menant d'une villa à l'autre sont bordés de pins taillés à l'impériale (voir le palais impérial). Un grand moment de notre visite de Kyoto.

Grand étang de la villa Shugakuin

Villa haute

Brume sur la montagne

Derniers moments à Kyoto, à la recherche du Kyoto perdu


Nous repassons à la maison pour manger nos restes, faire une petite sieste, ranger un peu, nettoyer, puis nous repartons en bus visiter Gion, le quartier des geishas. Alex Kerr n'a pas menti, et nous ne nous sommes pas trompés : les quartiers typiquement japonais de l'époque Edo se font rares et petits : quatre ou cinq rues bordées de maisons de thé, on dirait presque un décor laissé là pour le cinéma. Nous n'avons pas vu le cinecitta japonais, les studios Toei à l'ouest de Kyoto, mais nous les imaginons sans mal plus étendus que le peu qu'il reste de Gion. Kyoto est bien désormais une ville indutrielle avec des temples à sa périphérie et un palais en son centre. Dommage, quel charme désuet ont ces rues pavées, même sans le son clapotant des geta des geisha toujours invisibles...

Jardin moderne

Rue de Gion

Nous repassons dans les arcades commerçantes du centre, puis une dernière fois dans Pontocho, mais les geisha nous auront échappé jusqu'au bout. On ne peut arrêter le progrès, ou figer une ville dans son passé (à part peut-être Venise...) mais était-il trop demander de conserver une part plus importante de cet héritage, qu'au moins on puisse retrouver dans un quartier d'importance un peu de la magie de l'époque Edo ?

La rivière a pratiquement doublé de volume sous les intempéries ; nous essayons de nous photographier nous embrassant devant, mais les essais ne sont pas vraiment fructueux. Nous revenons manger au restaurant de yakitori proche de la maison. Choix très large de brochettes avec mention spéciale au chicken cheese (poulet simplement recouvert de fromage et sauce ponzu, légèrement acide) et au negibanban (on dirait un nom de catcheuse sortie d'un film de Tarantino, mais ce sont des morceaux de poulet couverts d'oignon verts et d'une sauce à la prune). Tous les morceaux de poulet imaginables sont là : foie, coeur, poitrine, aile, et même le croupion que Séverine commande par erreur... Un peu sec, le croupion ! Trois jeunes japonais, déjà présents à notre arrivée, restent là à discuter après avoir fini leurs brochettes et à descendre petit sake sur petit sake, sans doute des habitués. Seul bémol : l'accompagnement, on n'a droit qu'à du chou cru, à volonté certes, mais un petit bol de riz aurait-il été trop demander ? Au final, 3130 yens pour deux, soit vingt euros, avec deux bières et seize brochettes. Pas cher, comme toujours pour la nourriture japonaise.

Notre séjour à Kyoto aura été vraiment très agréable : la maison en location est une possibilité d'hébergement géniale, on découvre des quartiers d'habitation qu'on ne verrait jamais sinon, on a une totale liberté de mouvement, on fait ses courses, on découvre les bains encastrés dans le sol avec système collectif d'air chaud pour réchauffer le bain une fois coulé, les minuscules terrasses avec les machines à laver qui marchent jusqu'à pas d'heure, le bruit du réveil matin du voisin qui vous réveille à 5h45 tellement les murs sont peu épais, les escaliers tellement raides qu'on place les mains comme un bébé pour ne pas tomber... Bref, la vie à la japonaise ! Nous le recommadons vivement : Vivre le Japon.
Erables de la villa Shugakuin Vers la villa du milieu Etagères en nuage Rizières de la villa Shugakuin Grand étang - villa Shugakuin Rue menant à la villa Shugakuin Villa haute - Shugakuin Vue depuis la terrasse de la maison Jodoji Entrée de la maison Jodoji Jardin d'enfants près de la maison Jodoji Rue menant à la maison Jodoji Jardin minuscule à l'entrée d'une maison Le Fresco, ouvert 24h/24h Jardin moderne