Kanazawa
Aujourd'hui, c'est le jour férié dédié au sport au Japon. Les rues sont calmes, seuls les enfants et les adolescents partent vers les stades en jogging, sac sur l'épaule. Pas de jour férié pour eux !
Après Himeji, Kanazawa est la deuxième ville moyenne japonaise que nous visitons. A nouveau, nous nous y sentons plus à l'aise, plus de quartiers avec les fils enterrés, un urbanisme plus ouvert et plus propre que Kyoto et Osaka. Le quartier Samurai de Nagamachi est petit mais pittoresque ; une maison portes ouvertes comble notre soif de jardin minimaliste avec fenêtre sur la maison (ou est-ce l'inverse ?). On retrouve bien les hauts murs blancs des films de Kurosawa protégeant les petits jardins paysagers où méditent les daimyo et leurs concubines.
Le marché aux poissons réputé dans tout le pays est désert en ce jour férié, dommage ! Seul un magasin devant lequel s'étend une queue longue comme un jour sans pain propose des poissons frais. Le château en reconstruction est très clinquant, dans un parc agréable. Nous déjeunons de poissons et de fruits de mer délicieux près du jardin Kenrokuen. Ce restaurant est fier de sa citation dans le guide michelin, il est sur tous les petits plots présents sur les tables !
Le clou de la visite de Kanazawa, le jardin Kenrokuen, est plus un jardin à l'anglaise qu'à la japonaise. Les tableaux se succèdent agréablement : buissons taillés sur fond de petite rivière artificielle, chapelet d'îles tel un estuaire miniature, arbres contorsionnés dans tous les sens imaginables, jusqu'au grand étang au bord duquel se trouve la fameuse lanterne, prise d'assaut par les touristes.
Nous assistons en direct au repas des carpes de l'étang : la bagarre est telle que certains specimens se retrouvent hors de l'eau !
Nous partons alors vers le quartier des geisha ; aussi petit que celui des samurai, aussi pittoresque également. Kurosawa cède la place aux "Mémoires d'une geisha", longues maisons aux volets de bois semblables à des barreaux, étages en encorbellement, lumière tamisée et aux chaudes couleurs orangées invitant à l'abandon... Mais pas de geisha, plutôt des salons de thé. Comment se fait-il que nous n'ayons pas encore vu de telles choses à Kyoto, capitale autoproclamée du vieux Japon ? Nous revenons de nuit, et trouvons notre valise complémentaire.
Le livre d'Alex Kerr contient des similitudes avec la France : système exsangue datant du sortir de la seconde guerre mondiale, taxes plus improbables les unes que les autres à tous les étages pour colmater les fuites, bureaucratie prenant le pas sur le peuple et les politiques, surrégulation là où ça ne sert à rien et sous-régulation là où ça serait utile : espérons que les japonais trouvent la sortie, cela pourrait nous aider grandement ! Mais Kerr n'est pas optimiste : il voit une lente et longue décroissance le temps d'épuiser les ressources (argent, qualité de la main d'oeuvre et des infrastructures), puis la catastrophe. Un scénario similaire chez nous serait-il étonnant ?